Garnier-Audebourg


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questions/réponses



Anonyme
Définissez votre peinture.

Garnier-Audebourg
Quelques traces plus ou moins noires sur des surfaces plus ou moins blanches.
Au delà je ne saurais dire...
Pour définir ma peinture, il faudrait que je sache ce qu'est LA peinture et pour savoir cela il faudrait aussi que je sache ce qu'est l'Homme et justement je ne le sais pas.
J'observe seulement que cela dure depuis environ 400 siècles pour la peinture sur support dur (Lascaux, Altamira) et peut-être le double pour la peinture éphémère sur corps humain.
Je ne me vois pas dire ce qui est à l'oeuvre dans cette longue aventure sinon les mystères de l'esprit.

Anonyme
Pourquoi les grands formats?

Garnier-Audebourg
Il faut relativiser, même si je dis dans la rubrique atelier que je peins des grands formats, un seul homme suffit à manipuler la plupart de mes toiles.
Néanmoins cela commence à être un grand format lorsqu'il faut se poser la question de la manipulation. Bref j'ai commencé avec de tout petits formats, moins grands qu'une feuille A4 et l'envie est venue assez vite de passer à plus grand, il a fallu une demande de Reinhard Blanck et Stephan Dobadka (Galerie ArtisVita) pour que je me donne le droit de réaliser cette envie.



Anonyme
Pourquoi noir et blanc?

Garnier-Audebourg
Je n'ai rien trouvé de plus fort, c'est à certaines peintures de Pierre Soulages et aux cartons noircis de Bernard Venet que je dois cette prise de conscience, mais je préfère parler de noirs et de blancs que de noir et blanc, il y en a tant.
Et puis il y a de temps à autre une peinture sans noirs ni blancs.


Anonyme
Pourquoi peindre?

Garnier-Audebourg
Oui pourquoi peindre, chanter, créer et caetera c'est ça?

Anonyme
Oui

Garnier-Audebourg
Pour les autres je ne sais pas, pour moi c'est simple, je me sens mieux avec la peinture que sans la peinture, ce qui prouve que je suis loin d'avoir résolu mes contradictions.
Il me semble que ce qu'elle m'apprend je ne saurais pas l'apprendre autrement.


Anonyme
Vous dites que vos châssis sont toujours un peu voilés...

Garnier-Audebourg
...Très peu ! mais c'est vrai qu'ils le sont, je m'explique.
Pour construire mes châssis j'utilise des planches de hasard et autres trouvailles, il est bien rare que ces planches soient bien droites et bien sûr les châssis qui en découlent ne le sont pas complètement non plus.
C'est ainsi que j'ai peu à peu appris, grâce à ce parti pris, à construire des châssis beaucoup plus droits et plans que les planches qui les constituent ne pouvaient le laisser supposer avant leur mise en oeuvre.
N'importe quel arbre aussi chétif et malingre soit il sera à mes yeux toujours plus beau et digne de vie que la plus réussie de mes toiles. Aucune oeuvre d'art ne vaut les êtres vivants qu'il a fallu sacrifier pour sa réalisation.
Je résume en disant que je préfère une peinture sur un châssis un poil voilé que de voir un arbre de plus abattu.


.

...

Anonyme
C'est pourquoi vous faites tant usage des matériaux de rebut?

Garnier-Audebourg
Entre autres oui, question d'époque, un siècle en arrière je ne me serais pas préoccupé de la provenance des matériaux autrement que pour des questions de qualités finales de l'œuvre à réaliser, les matières premières ne manquaient pas.
Aujourd'hui j'aurais mauvaise conscience à utiliser des matériaux neufs dans l'unique but de faire œuvre d'art alors que d'autres personnes pourraient simplement survivre grâce à ces mêmes matériaux, ce serait aller contre l'harmonie du monde, ou plus précisément aggraver la dysharmonie de cette civilisation, un comble pour un artiste!
Le monde ne manque pas d'œuvres d'arts mais de forêts, d'eau pure et de nourriture, de ce point de vue l'art contemporain "officiel" avec sa folie de consommer et dépenser sans compter ne vaut pas un malheureux champ de patates.


Anonyme
Peut-être que ce mépris des matières premières est dû à l'abandon de la recherche de l'harmonie et de la beauté au profit de la recherche du sens?

Garnier-Audebourg
Mais quel sens y a t'il à détruire le seul monde dont on dispose?
Et qui peut dire que l'harmonie soit dénuée de sens?
Je dois dire que moi aussi bien sûr j'utilise des matériaux neufs mais je tente systématiquement de me contenter du strict minimum.
Il y a tellement plus important qu'une oeuvre de plus ou de moins sur terre!


Anonyme
Est ce pour cette raison que vous peignez si peu?

Garnier-Audebourg
En partie, heu non je crois surtout qu'il n'y a pas beaucoup de peintures en moi et moins je peins mieux je peins, je veux dire que cette rareté est profitable à ma peinture, autrement je cède à la facilité et peins avec des recettes, c'est arrivé une fois et il m'a fallu tout détruire. Je crois que je n'ai pas suffisamment d'énergie pour peindre souvent. Je sens quand cette énergie est là ou pas, je ne suis pas un productiviste, au rythme auquel les toiles me viennent, il n'y en aura moins de trois cents si je peins jusqu'à 70 ans, ce qui me surprendrais beaucoup!
Et je le répète, il n'y a pas beaucoup de peintures en moi, je le dis en me comparant à d'autres peintres car pour moi cinquantes peintures qui tiennent c'est déjà un chiffre astronomique, et je n'y suis pas... loin s'en faut...


Anonyme
Quels sont vos maitres?

Garnier-Audebourg
Soulages pour la couleur et le rythme, Calvat pour la puissance et la grace, Dubuffet et Franquin pour l'esprit et la poésie, je sais que jamais je ne les rejoindrai...Ils sont si grands, je ne fais que jouer dans leurs jambes, avec maladresse je le sais mais je joue "c'est déjà ça" comme dit Alain Souchon dans une chanson.
Je ne suis pas un inventeur mais plutôt un suiveur, c'est à dire que je préfère m'engager sur un chemin que les maitres ont "balisé" plutôt que de me perdre au fond d'impasses pour la seule satisfaction de les avoir découvertes sans l'aide de personne!
Et d'ailleurs cela ne m'empêche pas de régulièrement me perdre et de devoir sortir d'impasses...
Mais l'influence principale, je m'en rends compte avec le temps, est sans aucun doute le souvenir à peine conscient des tas de charbon de mon enfance.
C'est à ces grands tas d'anthracite que le gamin des charbonniers, que je serai toujours un peu, doit ce goût du noir et de ses lumières.

Anonyme
Qu'y a t'il de neuf dans votre peinture?

Garnier-Audebourg
Rien.

Anonyme
Si votre peinture n'apporte rien de nouveau, à quoi bon peindre, n'est ce pas de l'égoïsme?

Garnier-Audebourg
Oui l'égoïsme est présent mais pourtant je n'ai jamais été aussi attentif au vivant que depuis que je peins. Quant à la nouveauté je ne m'en préoccupe pas dans ma peinture, puisqu'elle est le principe même de la vie, elle est là quoi qu'on fasse.
Je ne la recherche pas mais essaye de l'accueillir de bon coeur.
L'inspiration aussi est toujours là, c'est nous souvent qui n'y sommes pas.
Je m'intéresse à ce qui reste après le passage de la nouveauté, à ce que cela a changé tout en le laissant recconnaissable, présent et actif comme avant...enfin il me semble car tout cela reste encore très vague pour moi.
Je ne comprends pas vraiment quels sont les enjeux, je vois que le libre-arbitre et l'inconscient sont concernés et cela suffit pour me sentir dépassé par ce qui m'arrive avec la peinture.





...

Anonyme
Comment peignez vous?

Garnier-Audebourg
C'est variable, il arrive que je commence par la recherche des matériaux qui constitueront le futur support, recherche qui peut parfois se résumer à la simple découverte d'un support prêt à peindre, c'est ainsi que j'ai peins sur portes, directement.
Il se peut aussi qu'un outil me mène à la peinture, en ce moment la découverte d'une vieille tête d'aspirateur me donne invariablement l'envie de peindre.
Les dimensions (rapport base/hauteur) se décident en fonction des matériaux récoltés, je n'ai pas
une méthode précise pour les déterminer. j'ai conscience qu'elles sont aussi importantes sinon plus que la surface totale mais je ne suis pas suffisamment intelligent et instruit pour analyser les règles qui en régissent l'harmonie. je me contente donc de l'instinct ou de la copie pure et simple des proportions issues des nombres sacrés, comme par exemple le célèbre nombre d'or.
Les outils employés sont choisis/cueillis au gré de mes pérégrinations, têtes d'aspirateurs, essuie-glaces, balais de toutes sortes, garnitures de portières d'automobiles, matelas, serpillière... etc. Il arrive aussi que je les construise.
Chacun de ces outils est capable de faire trace, ces traces m'intéressent en tant que telles, il me semble qu'elles n'expriment pas mes émotions mais qu'elles les créent ou les transforment en quelque chose de mieux présent... parfois!
Les toiles gardent ces traces et quand elles m'arrêtent et me contraignent au repos et à la méditation, je stoppe tout et je regarde. J'essaie d'obéir à cela.



Anonyme
Vous avez peint en public, pourquoi?

Garnier-Audebourg
Je l'ai fait une fois lors du vernissage de ma première et seule exposition personnelle, je ne suis pas certain de savoir exactement pourquoi.
Je sais que j'imaginais que ce serait plus intéressant et plus simple que d'essayer d'accueillir les visiteurs et de répondre intelligemment à leurs questions ou à leurs silences.
C'est peut-être une certaine timidité qui m'a poussé à l'exhibitionnisme, la peinture était nulle mais au moins j'ai proposé de la peinture, pas une démonstration de savoir-faire, d'ailleurs pour être sûr de cela j'avais choisi un outil que je n'avais jamais manipulé : une serpillière.
Il y eu un moment ou cette toile valait d'être mais l'orgueil de la vouloir autre et la tension d'être en public m'ont empêché de la voir et de l'accepter sans conditions.
C'est du moins l'excuse que je me suis trouvée.


Anonyme
Le ferez vous de nouveau?

Garnier-Audebourg
Non

Anonyme
Parce que peindre ne supporte pas le public?

Garnier-Audebourg
Parce que peindre en public ne supporte pas la moindre faiblesse de caractère, je dis bien peindre et non montrer ce que l'on sait déjà faire.
Les grands improvisateurs de musique en sont capables, moi pas.
Un jour peut-être si je grandis en force d'âme, pas demain la veille!

.

Anonyme
Quelle image avez vous de vous?

Garnier-Audebourg
Orgueilleux et donc susceptible.
Loyal et donc fidèle... enfin on essaie quoi.


Anonyme
Vous parliez d'inconscient et de libre-arbitre...

Garnier-Audebourg
... oui il me semble que ce qui m'amène à la peinture est à chercher dans ce grand bazar.

Anonyme
... grand bazar?

Garnier-Audebourg
... je le vois ainsi, Je vais essayer de mieux dire.
C'est à une peinture ratée au possible que je dois d'avoir admis l'existence du libre arbitre, avant cela ce n'était qu'une théorie et même quelque chose que je niais régulièrement.
Il a fallu quelques semaines avec cette peinture qui empirait à chacune de mes interventions pour admettre que j'en étais le responsable, j'avais choisi le support et son format, les couleurs et les outils ainsi que les jours et le lieu, bref c'était moi et personne d'autre et c'était moche... j'étais moche. Et plus je décidais plus c'était laid, plus j'étais laid. Je contrôlais tout et n'arrivais à rien et pire qu'à rien, à de l'amoindrit, de l'encombré.
Il m'a fallu comprendre que la liberté n'est pas l'exercice d'un absolu contrôle mais peut-être plutôt l'accueil de ce qui advient, choisir d'y participer.
Bon ce n'est pas beaucoup plus clair je le crains.

Anonyme
...

Garnier-Audebourg
...c'est pourtant quelque chose qui me semble résonner avec force en moi, bien que je ne sache pas le dire simplement. Bon je réessaie une fois.
Nous avons le choix entre le moi déterminé et le soi infini et pourtant nous hésitons, c'est mieux dit ainsi?

Anonyme
Pouvez vous réessayer une fois encore?

Garnier-Audebourg
Je suis perdu, je sais simplement que cette expérience m'a contraint à me voir autrement, plus je tente de forcer la peinture plus elle est sans intérêt, plus je nous laisse libre court plus elle est présente et "de moi". Désolé je me rends bien compte que cela n'est pas clair.

Anonyme
Et l'inconscient?

Garnier-Audebourg
C'est en m'inspirant d'un Soulages ( Peinture 202 x 143 cm, 14 mai 1968 ) que cela est advenu. J'ai peins un 16,4 x 30,5 cm avec la photo du Soulages sous les yeux, le résultat me fit horreur au point de laisser tomber la peinture pendant près d'un an, pour moi c'était être Soulages ou rien.
Mais c'est en rangeant l'atelier, un an plus tard donc, que je revis cette peinture et dû admettre que non seulement elle me plaisait mais qu'aucune autre ne me plaisait autant qu'elle.
Il me semble que c'est là une manifestation de l'inconscient, bon je vois bien que ce n'est pas plus clair que mes explications sur la découverte du libre-arbitre, comme le dit la chanson de Boris Vian : "Il y a un truc qui ne va pas là-dedans, j'y retourne immédiatement!"



16,4 x 30,5 cm



Anonyme
Boris Vian, Alain Souchon?

Garnier-Audebourg
Je suis un musicien raté, pas eux. Je suis jaloux de n'importe quel type de musicien, je voudrais faire un copié/collé de la partie de leur cerveau ou de leur coeur qui leur donne le pouvoir de jouer, et pour les chanteurs c'est pire encore, j'en serais malade de jalousie si je n'avais pas la peinture, je dis avoir la peinture avec des guillemets, je n'ai pas la peinture, c'est plutôt elle qui m'a vu le grand bazar dans lequel je suis avec elle.
Je suis injuste ce n'est pas plus le grand bazar depuis la peinture qu'avant elle, simplement elle me donne à le voir ou du moins à l'entrevoir.
Je suis un type qui regarde par la peinture les problèmes qu'il ne peut voir en face.


Anonyme
Ne risquez vous pas d'être catalogué marchand de papier peint en vendant
votre peinture au cm²?

Garnier-Audebourg
Oui mais je peins si peu qu'on ne peut croire que j'ai des visées productivistes.
Mais il est drôle de savoir que la personne qui à le plus voulu me dissuader
d'adopter cette ligne de conduite est l'assistante d'un commissaire priseur, elle trouvait cela très anti-artistique. De la part d'une personne dont la profession est de vendre aujourd'hui ceci et demain cela du moment que ça ressemble de près ou de loin à de l'art tout en se prétendant experte en la matière au point de croire savoir
ce que vaut une oeuvre, c'est savoureux.
C'est oublier que le prix n'est pas celui de l'oeuvre mais celui de l'attachement qu'éprouve l'acquéreur.
Le vrai prix, seul l'artiste et l'acquéreur le connaissent et en fait ils ne le comptent pas en argent.

Anonyme
Justement pourquoi vendre au centimètre carré!?

Garnier-Audebourg
Obéir est parfois le meilleur moyen de se révolter.

Anonyme
Oui?

Garnier-Audebourg
J'ai tenté de vendre ma première peinture cinqs euros à une voisine, je me suis
fait proprement engueuler parce que selon elle cette peinture valait beaucoup plus,
elle m'a donné quinze euros...
Fort de cette expérience j'ai voulu vendre la deuxième une centaine d'euros lors d'une exposition collective en plein air (La Garonne expose), j'en ai tiré quarantes et quelques, c'était tout ce que l'acheteur avait sur lui.
Après ça lorsque Reinhard Blanck et Stephan Dobadka ont entendu les prix que je comptais pratiquer lors de l'exposition dans leur galerie, ils se sont mis à rire franchement et m'ont dit qu'à ce prix là je n'avais qu'à les donner... je les ai laissés faire les prix.
Enfin la vente aux enchères de la résidence 2008 de St Henri à donnée encore un autre prix à ma peinture...
Cette histoire illustre mon inaptitude à faire les prix moi-même.

En respectant la cote au centime près je respecte ceux et celles qui l'ont faite.
Il me semble qu'il y a là, dans ces centimes au centimètre carré quelque chose de plus à saisir, c'est un sujet en soi, je songe même à intégrer les prix dans les titres des œuvres.
Ils témoigneraient ainsi du chemin emprunté tout en nous renvoyant à la surface de l'oeuvre.
C'est à dire à ce pourquoi on l'achète... ou pas.

Anonyme
Merci Eric Garnier-Audebourg

Garnier-Audebourg
Merci l'ami.




...

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